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Établir un pont avec la communauté autochtone

CAMH Connexions

Automne 2006

par Kirk Villamarin

Lorsque CAMH a ouvert les portes de son Service aux Autochtones en 2000, son directeur Peter Menzies s’est assuré d’intégrer un « ancien » à son équipe.

L'ancien Vern Harper à CAMH

Il y a donc rapidement ajouté Vern Harper, un ancien de la Première nation Cri, également guérisseur, militant en faveur des droits des Autochtones et ancien combattant de la guerre de Corée.

Depuis plus de 40 ans, Vern Harper dirige des cérémonies, des séances de prières et d’autres activités traditionnelles comme les sueries. La suerie, est un sauna spirituel au cours duquel on prie, on joue du tambour et on fait des offrandes aux esprits. Il y a environ deux ans, le Comité médical consultatif de CAMH a approuvé la pratique de la suerie. « La présence de Vern dans l’équipe nous a aidé à créer un service de traitement de la toxicomanie et des maladies mentales qui répond vraiment aux besoins de la communauté autochtone torontoise », a déclaré Peter Menzies.

Le Service aux Autochtones comprend cinq membres : un ancien, un psychologue à temps partiel et trois thérapeutes. On les trouve rarement au bureau car ils travaillent souvent à l’extérieur. « Dans ce service, précise Vern Harper, nous nous déplaçons, contrairement à presque tous les autres services de CAMH, qui reçoivent les clients.

En offrant ses services dans les organismes communautaires, CAMH réussit à traiter des clients qui sont intimidés par un environnement clinique. Le service est dispensé avec la collaboration de huit organismes St. Christopher’s House, Native Canadian Centre of Toronto, Parkdale Recreation Centre et Toronto Council Fire Native Cultural Centre.

Nous connaissons tous très bien les problèmes des Autochtones. Nous comprenons ce qu’ont vécu nos ancêtres et l’impact négatif que cet héritage a eu sur la communauté, poursuit Vern Harper. Certains clients présentent des troubles de l’identité ; ils se sentent rejetés par la communauté. Un des principaux objectifs de notre travail consiste à les aider à se retrouver. Un proverbe autochtone dit : Si tu ne connais pas tes ancêtres, tu ne sais pas qui tu es. »

Avec le soutien de Santé Canada, de la Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits et du Centre de formation et d’éducation Oshki-Pimache-O-Win, le Service aux Autochtones de CAMH sera bientôt en mesure de dispenser une formation sur les troubles concomitants à huit bandes du territoire Nishnawbe-Aski.

« C’est une première, se réjouit M. Menzies. Quel grand moment pour CAMH qui profite là d’une excellente occasion de participer à un projet important. J’ai toujours cru et soutenu que les organismes conventionnels et ceux des Premières Nations pouvaient travailler ensemble. »

L'histoire de Marilyn

Jeune fille, Marilyn Brown a été victime de violence physique, sexuelle et psychologique. À 12 ans, elle a commencé à fumer et à boire et à 21 ans, elle vivait dans la rue, entraînée par une dépendance à l’héroïne, au crack (cocaïne) et à l’alcool. Elle a maintenant 36 ans et habite Scarborough où elle élève ses enfants. Depuis trois ans, elle ne touche plus aux drogues. « C’est une grande victoire pour moi, affirme-t-elle. Je ne suis jamais restée aussi longtemps sobre. »

Marilyn n’oubliera jamais ce jour de 2004 où elle a rencontré Lizz Arger, une thérapeute du Service aux Autochtones de CAMH. Elles se sont d’abord rendues dans un parc, puis Lizz lui a demandé de choisir un endroit où elle se sentirait à l’aise pour commencer la consultation.

« Nous nous sommes installées près d’un lac », se rappelle Marilyn. Lizz s’est alors livrée à une séance d’approche de 60 minutes, appelée le cercle d’influences, au cours de laquelle Marilyn a dû successivement faire face au sud, à l’ouest, au nord et à l’est. Selon les coutumes autochtones, les points cardinaux symbolisent l’équilibre entre les plans émotionnel, physique, spirituel et intellectuel. À mesure qu’elle se tournait vers chacune des directions, Marilyn s’ouvrait davantage à sa thérapeute.

Marilyn suit toujours le programme car elle dit y trouver une aide sur les plans culturel et moral. Elle avait consulté cinq autres centres de toxicomanie et de santé mentale auparavant. Elle parvenait à ne plus toucher à la drogue pendant une courte période, puis rechutait. « Les autres centres se concentraient uniquement sur l’aspect toxicomanie, alors qu’il me fallait plus que ça, dit-elle. J’avais besoin qu’on comprenne ma réalité culturelle. »

Connexions CAMH Automne 2006

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